Lanceurs >> Fiches techniques >> Lanceurs russes >> Lanceur N-1
Famille
N-1 - Dessin Philippe VOLVERT. Agrandir
Jusqu’en 1962, la plupart des projets spatiaux sont confiés à Sergeï Korolev. Après les succès de Spoutnik, Gagarine et Luna, il veut aller plus loin. Il rêve de la Lune. Il propose à Nikita Krouchtchev le projet N-1/L-3 pour le tiers du coût réel. C’est une aubaine pour les constructeurs de fusées. Vladimir Chelomeï, constructeur en chef de la future Proton, propose également son projet lunaire. C’est le rival de Korolev. Si Korolev peut mettre peut mettre beaucoup de politiciens dans sa manche, Chelomeï a, quant à lui, le fils de Krouchtchev dans son équipe. Dans l’impossibilité de trancher, les autorités politiques acceptent les 2 projets. Korolev s’occupera de l’alunissage tandis que Chelomeï aura la charge du vol sur orbite lunaire. Ces deux programmes sont entièrement indépendants l’un de l’autre, contrairement au programme Apollo qui regroupe les 2 sous la même enseigne.
Pour envoyer un homme sur la Lune, la fusée doit être capable de mettre sur orbite une charge avoisinant les 100 tonnes. Pour en arriver là, il faut construire la fusée N-1 et l’équiper de puissants moteurs cryogéniques, les plus performants. Korolev demande à Gloushko, le grand motoriste des fusées, de mettre au point ces moteurs. Comme ces deux hommes se détestent, Gloushko refuse de fournir ces moteurs, prétextant que la cryogénie n’a pas d’avenir dans l’astronautique. Gloushko préfère des carburants plus traditionnels, plus denses requérant des réservoirs plus petits. A ces arguments, Korolev avance les siens. Les carburants proposés par le motoriste sont jugés trop toxiques pour y risquer des vies humaines. Korolev se trouve alors vers Kuznetsov pour la conception des moteurs dont il a tant besoin. Ce motoriste d’avion ne s’y connaît pas en cryogénie et préfère concevoir des moteurs moins puissants mais plus facile à développer. Pour soulever la gigantesque N-1, Korolev se voit dans l’obligation d’augmenter le nombre de moteurs. La baie de propulsion compte 30 moteurs de 150 tonnes qu’il faut synchroniser. C’est un véritable cauchemar. La N-1 mesure 105 m de haut pour 17 mètres de diamètres à la base. Au décollage, la fusée pèse 2 700 tonnes et développe une poussée de 4 500 tonnes. Dans la foulée, le module lunaire (L-3) et un vaisseau de retour sont développés en même temps que la fusée. Le vaisseau de retour n’est ni plus, ni moins qu’une adaptation du Soyouz.
Pour le voyage vers la Lune, Korolev envisage un scénario identique à celui de la Nasa, sauf qu’au lieu d’avoir 2 hommes sur la Lune, il n’y en aura qu’un. D’ailleurs, les équipages s’entraînent déjà. Il s’agit de Bykovski, Leonov, Roukavichnikov et Koubassov. En janvier 1966, Korolev meurt sur la table d’opération. Il avait exigé que ce soit le médecin le plus important qui l’opère, soit le Ministre de la santé en personne. Malheureusement pour lui, le ministre n’avait plus pratiqué d’opérations depuis un moment. Vassily Michine, l’adjoint de Korolev, le remplace et prend en charge le programme N-1 mais aussi celui des vols automatiques des sondes lunaires Luna, Zond et Kosmos. Si tout va bien, d’ici fin 1967, la fusée aura été testée et le Soyouz aura volé.
Janvier 1967, la Nasa est stoppée net dans son élan. Les 3 hommes d’Apollo 1 meurent dans l’incendie de leur capsule. Quelques mois plus tard, Soyouz 1 est lancé avec le cosmonaute Vladimir Komarov. Une fois sur orbite, le vaisseau est victime d’une panne. L’un des 2 panneaux solaires refuse obstinément de s’ouvrir, privant le vaisseau de la précieuse énergie dont il a besoin pour fonctionner idéalement. Ordre est donné à Komarov d’abréger sa mission. Lors du retour, le vaisseau se met à tourner sur lui même. Conformément au programme de retour, Komarov déploie le parachute mais celui-ci se met en vrille. Le cosmonaute déploie le parachute de secours qui vient s’emmêler dans le premier. Finalement, Soyouz 1 s’écrase au sol à la vitesse de 540 km/h. Des 2 côtés, le programme des vols habités est suspendu.
En novembre 1967, Saturn V réussit parfaitement son vol inaugural. Les Russes prennent du retard. Malgré tout, ils espèrent toujours arriver sur la Lune avant les Américains. Les Protons satellisent des Soyouz en version lunaire pour des vols automatiques. Les premiers vols se soldent par un échec. Mais finalement les Zond fonctionnent correctement. En décembre 1968, il est décidé de prendre les Américains de court en envoyant un Zond habité par 2 cosmonautes. La fenêtre n’est que de quelques jours. Des satellites espions américains et des radars surveillent la base de Baïkonour. La fusée est installée sur son pad de tir. Les jours passent et Proton reste au sol. Les responsables du lancement ont hésité à confier la vie des cosmonautes à un engin qui laissait à désirer. Ils laissent passer leur chance. Mais tout n’est pas perdu pour autant. Saturn V peut très bien rater un lancement ou encore avoir un accident avec Apollo.
Le 21 février 1969, N-1 est prête pour le grand départ. A Baïkonour, il fait – 41°C. Lentement, la fusée s’élève dans le ciel kazakh. Mais au bout de 70 secondes, elle prend feu puis explose. Un nouvel essai le 03 juillet 1969 se solde par un nouvel échec. N-1 explose après être montée à quelques dizaines de mètres. Deux semaines plus tard, Apollo 11 est sur orbite. Cette fois, la défaite est bien réelle. Les vols sont interrompus jusqu’au 27 juillet 1971. Ce jour-là, N-1 explose après quelques secondes de vol détruisant à nouveau son pad de tir. Alors que les Américains marchent et roulent sur la Lune, les ingénieurs russes se battent contre la mécanique de la fusée.
Le 23 décembre 1972, N-1 décolle parfaitement. Mais au bout de 107 secondes, on est obligé de la détruire. Tout le monde est d’accord sur un point… la prochaine marchera. Mais un événement va changer le cours de la malheureuse histoire. Gloushko, l’adversaire de Korolev, remplace Michine et signe l’arrêt du programme lunaire qu’il désigne comme étant une erreur monumentale. Au lendemain de sa prise de fonction, il décide la construction d’une nouvelle fusée, Energiya. Cette fusée est équipée de moteurs cryogéniques très puissants. Le succès d’Apollo a peut-être fait changer d’avis le motoriste. Le programme N-1 aura coûté 2,9 milliards de roubles jusqu’en 1971. Ces moyens financiers, bien que modeste par rapport à l’ampleur du projet, ont été dépensés sans contrôle et sans aucune gestion logique.
Maintenant, du programme N-1, il n’en reste que des pièces détachées. La fusée malchanceuse a été découpée en morceaux et diverses pièces servent pour un hangar, bacs à sable, toits pour kiosques,… Quant au module lunaire, il est toujours dans un hangar comme pièce d’un autre temps. Ce n’est que courant 1989, pendant la glasnost que les Russes ont rendu public le programme lunaire N-1/L-3. Pour les membres du parti communiste, il ne fallait pas que le peuple sache que les Américains avaient battu les Russes.
N-1 (11A52) |
||||||
|
|
||||||
FICHE TECHNIQUE |
||||||
|
||||||
ETAGE |
LONGUEUR (m) |
DIAMETRE (m) |
CARBURANTS |
MOTORISATION |
POUSSEE (kN) |
DUREE (s) |
| Block A (1) | 30,09 | 16,9-9,8 | Kérosène + LOX | 30 x NK-15 | 44 110 | 24+108+10 |
| Block B (2) | 20,46 | 9,8-6,8 | Kérosène + LOX | 8 x NK-15V | 13 182 | 110+24 |
| Block V (3) | 11,01 (14,1) | 6,8-5,5 | Kérosène + LOX | 4 x NK-21 | 1 765 | 330 |
| Block G (4) | 9,10 | 3,90 | Kérosène + LOX | 1 x NK-19 | 441,3 | 421 |
| Block D (5) | 6,28 | 3,70 | Kérosène + LOX | 1 x RD-58 | 83,4 | 600 |
| Coiffe |
43,72 |
5,92 | ||||
LANCEURS |
LEO |
MEO |
SSO |
MOLNIYA |
GTO |
GEO |
EVASION |
| N-1 | 95 000 kg | - | - | - | - | - |
- |